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Le secteur agricole au Liban : encadrement et projets
Proche-Orient études économiques - avril 1986 - No 31
mardi 29 avril 1986, par
I - Le secteur agricole
Bien qu’elle n’occupe pas une place importante dans la formation du PNB, l’agriculture au Liban est un secteur vital qui occupe un cinquième de la population active et produit plus d’une cinquantaine de denrées.
La part du secteur agricole dans le PNB a baisse de 18,5 % en 1961 à 9,2 % en 1980, et selon un rapport de la banque mondiale, le PNB se situe actuellement autour de 750$ par tête d’habitant.
Les pertes subies par les exportations agricoles s’élèvent à 500 millions de livres libanaises par an environ. Les événements ont entraîné l’arrêt partiel des investissements, une rupture des communications, la destruction des équipements.
En revanche, l’insécurité dans les villes, les difficultés de travail et la crise du logement ont entraîné un retour vers l’agriculture familiale dans les régions sures. Cette agriculture est marquée par un succès croissant des cultures sous serres.
En fait, l’avènement de la guerre civile au Liban, a abouti à un éclatement du marche national des produits agricoles. Deux zones essentielles furent bouleversées : celles de Beyrouth qui s’est divisée en deux régions, et celles de la Bekaa ou Zahle a perdu son contrôle sur l’économie agricole au profit d’un nouveau marche qui est l’axe Chtoura-Bar Elias.
Les caractéristiques structurelles de l’agriculture sont les suivantes :
– La surface cultivable se monte a 360000 hectares dont 215000 hectares sont exploites, le reste étant en jachère ou servant de pâturages, 35000 hectares des surfaces cultivées se situent sur les pentes des montagnes ou elles sont aménagées en terrasses, le reste étant reparti entre la plaine de la Bekaa, la plaine côtière, la plaine du Akkar et le Sud.
– L’irrigation dessert 16 % des terres cultivables seulement : 67000 hectares sont en irrigation pérenne et 20000 hectares en irrigation printanière.
– La population active agricole a baisse de moitie en dix ans : de 200000 personnes en 1960, elle est passée à 100000 personnes en 1970 [1]. De plus les événements dans le pays ont force de nombreux agriculteurs a l’émigration et une partie de la main-d’œuvre étrangère a quitte le pays.
– La répartition de la production végétale est la suivante :
| ha | % | |
|---|---|---|
| Cultures fruitières | 61.000 | 28 |
| Céréales, légumineuses et jachères | 110.000 | 52 |
| Cultures maraîchères (y compris serres et autres cultures annuelles) | 44.000 | 20 |
| TOTAL | 215.000 | 100 |
– La production agricole libanaise a totalise en 1981-82 plus de 3 milliards de livres libanaises dont 82 % de production végétale (essentiellement, culture maraîchère et arboriculture) et 12 % de production animale.
– Les exploitations agricoles sont caractérisées par leur petite taille (46 % ont une surface de moins de 2 ha) et leur parcellement est pousse à l’extrême ce qui constitue un obstacle à la mécanisation et a une irrigation rationnelle.
– Les crédits accordes a l’agriculture ne totalisent que 2 % environ du total des crédits bancaires. Pour des crédits a l’économie s’élevant a 118949 millions de L.L. entre 1978 et 1983, la part de l’agriculture était de 2861 millions de L.L.
II - L’encadrement de l’agriculture
1. Sur le plan institutionnel, les organismes s’occupant de l’agriculture sont les suivants :
– Le Ministère de l’agriculture, comprenant une Direction générale de l’agriculture avec des services de type classique tels que : forets, production animale, affaires techniques conjointes (génie rural, irrigation, économie rurale), vulgarisation agricole, enseignement agricole, services des ressources agricoles (protection des végétaux et lutte phytosanitaire).
A l’heure actuelle, on assiste à une dispersion des cadres, de ce fait les activités de ces services sont réduites.
– Les Offices autonomes spécialisés et sous tutelle du Ministère de l’agriculture. Ils sont responsables d’activités agricoles sectorielles :
- L’Institut de recherches agronomiques
- L’Office de la production animale
- L’Office fruitier
- L’Office de la soie
- Le Plan vert
Il existe d’autres organismes qui s’occupent d’activités rurales ou agricoles, en particulier :
– L’OCBS (Office des céréales et de la betterave sucrière) qui a la haute main sur l’approvisionnement du pays en blé et sucre.
– L’ODS (Office du développement social) qui anime et finance de petits projets de développement rural.
– La Régie des tabacs et tombacs qui a le monopole du tabac dans le pays, est le principal financier des plantations de tabac, de l’achat de la récolte, du stock age et de la transformation.
– La Direction générale des coopératives auprès du Ministère de l’habitat et des coopératives. Cet organisme est responsable de toutes les coopératives du pays, il assume de nombreuses activités agricoles et oeuvre en vue d’un recrutement régional ou sectoriel de petits agriculteurs.
2. Sur le plan des crédits a l’agriculture, le financement agricole est de deux sortes :
– Le financement de compagne : 300 millions de livres libanaises sont en moyenne avances chaque année par les sociétés commerciales vendant les produits nécessaires a la production agricole. Ces sommes sont normalement remboursées sur quatre ou cinq mois et sont tributaires des récoltes.
– Les crédits de développement : ils sont accordes par divers organismes crées par l’État. Ces organismes sont :
- La Banque du Crédit agricole, industriel et foncier (BCAIF) société mixte, fondée en 1945, elle représente le principal établissement de crédit agricole au Lban. Au départ la BCAIF avait réussi a consentir du crédit de campagne ainsi que des prêts a moyen et long termes rendus possibles par les avances, a taux d’intérêt réduits, consenties par la Banque centrale a la BCAIF sur garantie de l’État. Mais faute de politique agricole suivie, cette garantie fut supprimée en 1965 paralysant l’action de la BCAIF. Avec la guerre la BCAIF a suspendu les crédits a l’agriculture.
- L’Union nationale du crédit coopératif : aux moyens limites, elle joue, néanmoins, le rôle d’une banque coopérative et constitue actuellement la plus importante source de financement des petits agriculteurs.
- La Banque nationale pour le développement agricole : créée en 1977 pour venir en aide aux petits exploitants agricoles. Cette banque n’est pas encore entrée en fonction.
Il faut signaler, aussi, que le Plan vert et la Régie des tabacs accordent également des crédits, mais dans des domaines très limites et précis.
III - Projets pour l’agriculture
Les projets concernant l’agriculture au Liban sont mis sur pied par deux organismes : le Conseil de développement et de reconstruction (CDR) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en collaboration avec le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD).
1. Les projets du C.D.R.
Depuis sa création en 1977, le CDR a établi un plan d’action du secteur public, nécessitant des dépenses de 30 milliards de dollars jusqu’en 1994, et ceci pour réhabiliter l’infrastructure et encourager la reprise des activités industrielles, commerciales et agricoles.
En ce qui concerne le secteur agricole, le CDR a élaboré un certain nombre de projets a l’exécution desquels il a alloue un montant de 192 millions de livres libanaises. Ces projets portent sur le développement des laboratoires, des abattoirs et de la culture fruitière ainsi que la création de marches de fruits et légumes à Beyrouth.
Par ailleurs et en ce qui concerne l’irrigation, les projets du CDR sont les suivants :
| PROJETS | DÉPENSES (millions de L.L.) |
| Reconstruction et projets urgents | 376 |
| Projet du Awali | 1.277 |
| Projets de développement | 1.067 |
| Lacs et barrages | 840 |
| Irrigation | 2.395 |
| TOTAL | 5.955 |
2. Les projets FAO - PNUD
Pour toutes les actions relatives au secteur agricole, l’assistance de la FAO est directement sollicitée par l’État libanais.
Elle a exécuté, en 1980 une étude, financée par le PNUD sur la reconstruction et le développement de l’agriculture. Cette étude visait à définir une politique agricole d’ensemble, et à établir des perspectives de développement pour l’an 2000.
Les principales recommandations de cette étude sont les suivantes :
– L’aménagement des terres et des forets :
Protection de 120000 ha de terres cultivables contre l’abandon,
la spéculation et l’urbanisation.
- Aménagement foncier de 10000 ha et mise en valeur de 50000 ha de pâturages.
- Reboisement de 130000 ha de foret et protection des anciennes forets.
– L’aménagement des ressources hydrauliques : recommandation de porter à 11 0000 ha le total des surfaces sous irrigation d’ici l’an 2000.
– Le développement de l’agriculture : encouragement des cultures horticoles (culture des jardins), de la production de semences céréalières, de l’oléiculture (olivier) et des cultures maraîchères protégées ; renforcement des services de santé et de recherche animale et développement de l’agriculture et de la sériciculture.
– L’aménagement des pêches : le projet a pour ambition d’augmenter de 25 % la production de la pêche [2] afin de réduire les importations, d’introduire des méthodes nouvelles qui permettraient la pêche en eau profonde et de mettre en place des structures de développement (séries de crédits coopératifs, système de vulgarisation ... )
3. Le développement des structures agricoles
La planification de l’action en vue du développement agricole, et la mise en place des structures modernes de commercialisation ainsi que le renforcement des institutions agricoles.
Finalement, les projets concernant l’agriculture au Liban depuis les années 60 se repartissent avec leurs montants comme suit :
| U.S.$ | ||
|---|---|---|
| Projets : programme de coopérations technique | 2.250.300 | |
| Projets : FAO- PNUD | 12.091.200 | |
| Projets : fonds fiduciaires | 6.967.350 | |
| Aide du Programme alimentaire mondial dont | 94.208.600 | |
| - Projets de développement | 48.115.800 | |
| - Projets d’urgence | 43.361.300 | |
| - Projets de quasi-urgence | 2.731.500 | |
| TOTAL (U.S.$) | 115.517.450 |
Par ailleurs, un rapport de synthèse conjoint de la FAO et du PNUD, pour la reconstruction et le développement de l’agriculture à moyen terme, a été présente à l’État libanais et contient les propositions suivantes :
a) Projets généraux, enseignement et formation, vulgarisation et recherche :
– réactivation et réorganisation de l’administration agricole,
– création d’un centre de documentation agricole,
– établissement et exécution de programmes régionaux de développement rural intègre,
– encouragement à la création de commissions régionales pour le développement agricole et rural,
– réhabilitation du système d’enseignement agricole secondaire,
– développement adéquat de l’École secondaire agricole de Fanar,
– création de centres de formation professionnelle agricole,
– assistance au développement de l’enseignement universitaire agricole,
– encouragement aux actions non gouvernementales de promotion rurale,
– réactivation et réhabilitation des services de vulgarisation agricole,
– création· et gestion d’un centre de recyclage des vulgarisateurs,
– réactivation, réorganisation et reconstruction de la recherche agronomique,
– création de nouveaux laboratoires.
b) Crédits, coopératives et mécanisation :
– rendre opérationnelle la Banque nation ale de développement agricole,
– renforcement des structures, de l’organisation et de l’action de l’Union nationale pour le crédit coopératif (UNCC),
– assistance financière a l’UNCC,
– création de coopératives d’épargne et de crédit,
– renforcement de l’action de la Fédération nationale des coopératives au Liban,
– mise en place de groupements de gestions associes,
– programme de crédit pour l’achat de machines et équipements,
– étude sur la situation de la mécanisation agricole,
– interdiction de construction sur les sols agricoles (irrigues), _ étude des modalités et consolidation de la législation foncière,
– établissement <:l’un plan directeur d’utilisation et de conservation des terres,
– réhabilitation du service forestier,
– programme national de reboisement,
– poursuite des actions ponctuelles de valorisation des terres agricoles.
En définitive, l’encadrement du secteur agricole au Liban existe et quantité d’études et de projets sont établis afin de développer ce secteur. Mais le bon fonctionnement de l’encadrement et l’exécution des projets attribuent un rôle primordial a l’État qui s’est caractérisé, jusqu’à ce jour, par :
– des interventions et des actions limitées et passagères dans certains domaines précis ;
– une absence de coordination d’action au sein de l’appareil utilise par l’État dans le secteur agricole, ce qui aboutit parfois a un double emploi inutile de deux ou plusieurs organismes dans un même domaine ;
– l’absence de politique agricole globale e inspirée par un plan directeur et poursuivant un programme défini.
Sources
– FAO, Agriculture and Development, June 1981, No.4.
– Liban-FAO, 40 années de coopération, 1985.
– Riad SAADE, Réalité de l’agriculture libanaise, Beyrouth 1983.
– Echochiffres 83.
– Economic Commission for Western Asia : Statistical Abstract of the
Region of the Economic Commission for Western Asia 1970-1979, fourth issue, Beirut 1981.
– Banque du Liban : Bulletin trimestriel, nos 21-22, 2e et 3e trimestres 1984.
[1] Selon les sources des Nations unies le nombre de personnes travaillant dans l’agriculture, la chasse, la pêche et les forets s’élevait a 126650 en 1975.
[2] Selon les sources des Nations unies le produit de la pêche (en tout genre) s’élevait a 2500 tonnes métriques en 1978.
